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La tribune de Bruxelles – Un musée très urbain et très ouvert

29 septembre 2010

Voici un musée d’art urbain à ciel ouvert, l’un des plus vivants de la ville ! Notre spécialiste du graff nous emmène dans un singulier paysage où les fresques et les graffitis font assaut d’art et de dextérité.

On peut parler de forêt urbaine.Ces dizaines de piliers qui soutiennent le ring à hauteur d’Anderlecht créent un singulier paysage : en plein milieu du parc de Neerpede, une succession de monolithes de béton divise la promenade le temps d’un no man’s land guère avenant. Or, les zones délaissées sont précisément les lieux de prédilection des graffeurs. Le graffiti n’existe jamais avec autant de force que quand il attire l’attention sur un chancre ou un non-lieu abandonné dans la ville. Ici, plus d’une centaine de fresques ont transformé l’endroit en un impressionnant musée à ciel ouvert…

Méritocratie de la bombe

Depuis 1990 et le début de l’organisation du mouvement à Bruxelles, les peintres ont trouvé en Neerpede le lieu idéal : chaque pilier offre deux cimaises, et l’on peut travailler sans trop de risque durant les quelques heures nécessaires à la réalisation d’une fresque. Dès lors, les compositions se sont multipliées à la vitesse de l’éclair, donnant lieu à une surenchère de créativité. Aujourd’hui, chacun des panneaux a été peint et surpeint des dizaines de fois. Quelques pièces sont à peine sèches et disparaîtront probablement demain, d’autres peuvent être admirées depuis des années et resteront encore longtemps : la méritocratie prévaut. Pour peindre un nouveau graff, il faut en couvrir un ancien. A priori, on ne peut couvrir une pièce que si l’on fera mieux. Du coup, même si cette loi tacite est loin d’être systématique, elle permet néanmoins au niveau d’augmenter encore et encore depuis vingt ans, au point de constituer aujourd’hui une galerie du graff réputée internationalement.

Respect, tolérance et répression

Si les bombeurs sont activement recherchés au cœur de la ville, ils trouvent à Neerpede un vaste atelier où s’entraîner en paix et confronter leur pratique. La pratique est tout aussi interdite ici qu’ailleurs, mais le lieu est réputé “toléré” par les autorités, ce qui veut dire que l’on peut graffer sans risque de poursuites. Cependant, rien n’est écrit, et la police refrène par vagues les pratiques picturales des amateurs. Il s’agit de décourager les graffeurs qui, en pleine possession de leur art, pourraient menacer de colorer la ville. Dommage, se disent les promeneurs qui tentent la visite de Neerpede, au vu de la qualité des fresques présentées. Le danger de la punition fait pourtant bel et bien partie d’un art qui se définit par son illégalité. Reste, pour les promeneurs, à découvrir le musée le plus démocratique de Bruxelles, et certes l’un des plus vivants de la capitale…

Les portraits ne constituent pas le thème privilégié du graff. Souvent, cicatrices, scarifications ou autres blessures notables les déforment. Smates aime opposer un traitement hyperréaliste à des giclées de couleur qui explosent la représentation. Waf transforme son lettrage en tatouage tribal qui traverse son portrait. © B. Maindiaux

À l’origine du graff se trouve l’écriture. Neerpede fait encore la part belle aux lettrages, de plus en plus composés, complexes et tridimensionnels. Le dynamisme de la fresque prévaut sur sa lisibilité : c’est l’image qui parle, pas le mot. © Bénédicte Maindiaux


Defo se place dans la plus pure tradition du graffiti américain, avec une technique minutieuse qui donne à ses compositions, toujours basées sur son nom, un dynamisme et une cohérence de haut niveau. Eyes, en partant lui aussi des quatre lettres de sa signature, explose au contraire la lecture en un flux organique illisible qui fait dominer les mélanges de couleurs. Les deux artistes, à la fois opposés et complémentaires, travaillent souvent ensemble. On les a même vus s’échanger leurs noms à l’occasion d’hommages respectifs amusés. © A.G. et B.M.


Le graffiti n’a pas de frontières. Morka vient de Croatie, Nychos d’Autriche et il expose en ce moment en solo dans une galerie londonienne. Les deux artistes ont collaboré à Bruxelles lors du dernier Kosmopolite Art Tour. On trouve à Neerpede une trace de ce duo temporaire : une scène joyeusement horrible dans la tradition des séries B qu’affectionnent de nombreux graffeurs. © A.G.


En venant de Bruxelles centre, prendre le ring en direction de Mons/Bergen, sortie 15. Le site est très facile à trouver, il suffit de se rendre à l’arrêt de tram “Marius Renard” qui est un terminus. De là, on voit tout de suite les piliers. Tout est accessible à pied dans un périmètre compact, il ne faut jamais traverser l’autoroute mais juste se promener sur la terre ferme, tous les panneaux sont dans cette sorte de parc délimité par les routes.
Adrien Grimmeau

Article original:
http://www.tbx.be/fr/20.01/danslaville373/app.rvb

Plus de photos de Neerpeede :

https://tsunamigraffiti.wordpress.com/tag/neerpede/

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