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L’étoile urbaine. Texte de Mono Blanco

29 mai 2010

L’étoile urbaine.

Le graff ou « le beau ».

« Qu’est ce que vous faîtes là?! » « Je vais appeler la police! » « T’as rien de mieux à faire? Va travailler! » « Pourquoi tu fais ça? » « Vous feriez ça chez vous? »

« Aller dégage! »

Spontanément l’acte de peindre sur un mur de nuit n’a jamais été encouragé. Silhouette de cambrioleur mêlé à des mouvements de rébellion adolescente, une telle ombre n’a rien à apporter à la société, elle ne peut que la déranger.

C’est pourtant un travail pénible où on prend son petit déjeuner à minuit et on part seul braver la fatigue. Je ne sais pas si j’ai d’autres choses à faire mais je peux assurer qu’il faut être un peu convaincu pour peindre dans la ville. Alors si vous croisez un chat avec des bombes de peinture sur un toit ou sur une voie de chemin de fer dites vous bien que c’est la meilleure chose qu’il a à faire parce que sinon il ne serait pas là.

Voici pour ce qui est des heures ingrates de travail à déclarer à la SMART et pour les premières réactions face au travail d’ouvrier chevronné du graffeur.

Une fois le travail réalisé il faut un peu de temps, laisser reposer la peau pour que le mur cicatrise et que le lieu intègre sa nouvelle greffe, alors on se rend compte – soit qu’on n’avait même pas remarqué la différence de pigmentation de la zone greffée par rapport au reste, ou plutôt que dans le gigantesque collage et assemblage qu’est l’espace public cette parcelle cousue supplémentaire se fond parfaitement et ne se remarque pas – soit que isolé de l’acte qui l’a fait naitre le dessin est beau, il est même parfois une rustine cachant les fissures. Il faut que l’acte disparaisse pour que le dessin apparaisse.

« C’est une commande? »
La question ainsi posée montre que la réponse n’a aucune importance.

Quelle est la dégradation?
La surface du mur n’est pas brisée, pas percée, pas gravée, la texture à peu de chose près (selon les éventuels « pâtés » de peinture) reste inchangée… alors c’est quoi? La couleur n’est plus pareille, il y a des lignes, des points, des surfaces colorées qu’il n’y avait pas avant. Mais alors qu’est ce si ce n’est de la lumière à la fois absorbée et réfléchie par cette fine pellicule de peinture ajoutée à la surface? C’est une modification de la lumière. Plus que de dégrader il me semble que ce qui gêne (lorsque ça gêne) est qu’il s’agisse d’une initiative personnelle faite sans jury, sans éventuel veto, sans accord.

« Mais si c’est beau pourquoi ne pas demander des autorisations? »
Assis sur un trône qui a demandé du labeur à gravir, les propriétaires veulent profiter de leurs privilèges. S’ils ne le refusent pas alors ils faut qu’ils l’accepte, qu’ils l’accordent mais simplement se laisser faire leur resterait en travers… le graff comme une arrête de poisson. « Et si vous mettiez un petit peu de bleu parce que c’est ma couleur préférée. » N’essayer pas de le digérer vous avez mangé la chair, il ne reste déjà rien…

De part et d’autre du mur, les opposés se ressemblent car le graffeur n’est pas contre le propriétaire, il est son inverse. À eux deux complémentaires, mis côte-à-côte, ils révèlent une limite autour de laquelle la couleur de chacun s’exprime avec beaucoup plus d’intensité. Ceci pointe la relativité de chacune des postions et questionne leur existence même. La limite, elle est la surface mitoyenne qui appartient aussi bien au propriétaire qu’à l’espace public, la surface extérieure du mur. Le graffiti est cette limite, il n’est ni le public ni le propriétaire: il n’appartient à rien (on pointera plus tard toute les dérives…). L’acte de taguer n’est pas une appropriation de l’espace comme on balance souvent pour culpabiliser le graffeur sur son égocentrisme (qui n’a d’égal que celui des propriétaires), au contraire il est une désappropriation de l’espace. Non seulement c’est agréable de peindre ce mur parce qu’il ne m’appartient pas mais plus excitant encore il n’appartient à personne, et le dessin réalisé ne m’appartient pas non plus. Et si les flics arrivent je laisse tout sur place et je pars.

Le graffiti ne touche pas le sol, il ne touche pas le mur non plus, il est une projection lumineuse immatérielle qui touche l’esprit…

…et la ville comme plein d’écrans de cinéma… un réseau de fils qui se tentent et se croisent… une infinité de toiles qui n’en forment qu’une seule…

Les images apparaissent et disparaissent comme des fantômes… pour se détacher du temps elles viennent se dupliquer et se répéter le long de nos réseaux.

Le train comme une salle de cinéma… et on insère des images subliminales dans le film. Et par un phénomène de persistance rétinienne elles finissent par nous hanter, nous taguer l’esprit et la pensée… agir sur nous. Noir et argenté les graffs sont des squelettes, ils sont une représentation macabre de la publicité. Il faut voir la sédimentation des pseudonymes dans les lieux de carrefour, comme si chacun en se déplaçant ramenait de la poussière et que des grandes lignes de courants d’air la poussait dans les coins. Si personne ne circulait plus, le graffiti n’existerait plus. Il est une crasse collective.

Le graffiti n’est pas en résistance à la publicité, il est son inverse, son côté obscur. Aujourd’hui dans une sorte d’errance où les besoin vitaux ne sont pas mis à l’épreuve (et le graffeur n’est pas le pauvre) l’un et l’autre couchent ensemble par ennui.

Le vandalisme, le tag ou « le laid ».
Le tag n’est pas une résistance à la loi, il est son inverse et ne se satisfait que dans ce mouvement là. Et ce principe est aussi rigide que la loi. Dire que taguer est un acte idiot revient à dire que la loi est idiote.

Le tag n’ébranle pas la loi mais la renforce, et réciproquement la loi ne réduit pas le tag mais le criminalise et flatte le tagueur dans ce sens. Quelques soit les raisons de la naissance du tag, la « dégradation volontaire » à atteint l’apogée de son paradoxe: de la prison pour des tagueurs et des tagueurs qui remplissent des trains de nounours, dauphins, bulles de savon, petits point et cotillons… au risque de signer définitivement pour une vie de gangster. La loi et les tagueurs se sont l’un l’autre encouragé. L’un n’est pas plus fautif que l’autre.

BONOM, le fantôme urbain ou le pinceau humain.

De la même façon que le tag est la saleté des souliers de chacun, Bonom est une construction collective. Comme ses peintures il est devenu lui même une image, c’est un mythe encouragé par le bouche à oreille et pour ainsi dire légitimé par les médias. Chaque peinture aurait pu être interprétée isolement mais elles ont finies par n’en créer qu’une seule qu’on appelle Bonom.

Bonom est il une seule personne ?
Si une telle attention s’est portée sur ce singe c’est parce que les gens ont voulu croire à une ombre bienfaisante qui transporte des rêves… la liberté ? Les supers pouvoirs ?? Voler? Mais ce sont les rêves de chacun au moins autant que les miens. J’ai été encouragé à faire ce que j’ai fait, j’ai été le pinceau humain d’une pensée quasi unanime.
Aujourd’hui cet « appel à soutient » : « Bonom artiste menacé » cherche non pas à protéger l’handicapé boiteux qui portait la fourrure et que les flics ont fièrement identifié, il cherche à défendre un sentiment partagé. C’est l’image de Bonom que l’on veut domestiqué…
…que ce soit la police, la propreté, la culture, l’art, le tourisme, les médias… que chacun joue avec cette peau décharnée… qu’ils y cousent des fils pour la faire remuer et lui faire jouer le rôle de leur propre discours… je la donne en pâture elle ne m’appartient pas.

Que ce soit une cellule, un zoo ou un parc protégé… quelle que soit la surface je cherche ses limites et je viens m’y frotter, ce qui est déjà trop c’est d’être cloisonné. Mon dos est tailladé par un fil barbelé.

Traverser les cloisons, traverser les façades… sauter de toit en toit, s’enterrer, s’envoler… c’est l’œuvre d’un fantôme…
C’est la fumée d’un feu qui consume la ville.








Soutien au graffiti artiste Bonom: http://www.facebook.com/group.php?gid=109309342447117&ref=ts

texte volé à Julius….car il en vaut la peine…

http://www.flickr.com/photos/julius_laidback/

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